En tant que parent, il arrive de ressentir de la gêne ou même un malaise face au développement psychosexuel de son enfant. Cela dit, plusieurs parents ne se sentent pas nécessairement outillés ou suffisamment informés pour bien répondre aux questions que les tout-petits peuvent se poser.
Craignant de donner une mauvaise réponse, certains préfèrent ignorer ou éviter les questions d’ordre sexuel. Cette réaction est tout à fait légitime : il peut être difficile de savoir comment expliquer certaines choses sans trop en dire.
Sachez toutefois qu’il existe des repères simples pour vous aider à mieux comprendre les questions des enfants et à adopter une attitude rassurante et bienveillante.
Par ailleurs, répondre aux questions des enfants et les éduquer face au développement sexuel constitue déjà une forme importante de prévention des agressions sexuelles. Certains peuvent se demander s’il est pertinent d’aborder ces sujets avec de jeunes enfants. Il est important de savoir que les jeunes enfants sont particulièrement vulnérables face aux violences sexuelles. Ils ne peuvent pas toujours expliquer clairement ce qu’ils vivent et sont très dépendants des adultes qui les entourent. De plus, ils ne sont pas toujours conscients d’être victimes.
Selon les statistiques, avant l’âge de 18 ans, une fille sur cinq et un garçon sur dix seront victimes de violence sexuelle. Parmi ces situations, 13 % des agressions sexuelles surviennent avant l’âge de 5 ans.
Le développement psychosexuel chez le jeune enfant : ce qui est normal et ce qui peut être préoccupant
Le développement psychosexuel du jeune enfant est principalement caractérisé par l’exploration.
Chez le bébé (0-2 ans), l’exploration du corps inclut déjà les organes génitaux. Il est essentiel de comprendre que cette exploration n’a rien de sexuel au sens adulte du terme. L’enfant ne donne aucune connotation sexuelle à ses gestes : il explore simplement son corps, comme il le fait avec ses mains ou ses pieds.
Entre 3 et 5 ans, l’enfant commence à remarquer les différences anatomiques entre les sexes. L’exploration peut parfois inclure de l’autostimulation, puisqu’il découvre des sensations agréables. Encore une fois, cela n’est pas associé à une sexualité adulte. La curiosité envers le corps des autres peut aussi être présente.
Comportements considérés comme normaux :
- Explorer son corps
- Être curieux face au corps des autres
- Poser des questions sur les différences entre les garçons et les filles
- Vouloir toucher par curiosité (dans un contexte d’exploration entre enfants du même âge)
Comportements qui nécessitent une attention particulière :
- Des comportements sexuels qui nuisent aux activités quotidiennes de l’enfant
- Forcer ou contraindre d’autres enfants à des gestes sexuels
- Une grande différence d’âge entre les enfants impliqués (ex. : un enfant de 5 ans qui explore le corps d’un enfant de 1 an)
- Des gestes qui reproduisent clairement une sexualité adulte (pénétration, simulation d’actes sexuels explicites, baisers sur les organes génitaux)
- Des blessures liées à l’autostimulation
Ces éléments illustrent l’importance d’amorcer la prévention dès le plus jeune âge.
Concernant l’autostimulation, il est pertinent d’expliquer calmement à l’enfant que ces gestes sont privés et qu’ils ne doivent pas être faits en public. L’objectif n’est pas de culpabiliser l’enfant, mais de lui apprendre les limites et la notion d’intimité.
Comment réagir lorsqu’un enfant pose une question d’ordre sexuel ?
Lorsqu’un enfant pose une question délicate concernant la sexualité, il est important de prendre le temps d’y répondre.
Nous avons parfois tendance à analyser la question avec notre regard d’adulte. Or, il est préférable de répondre simplement et directement à ce que l’enfant demande, sans entrer dans des détails inutiles.
Vous pouvez :
- Lui dire qu’il a bien fait de poser la question
- Lui demander ce qu’il en pense (ex. : « Toi, comment crois-tu qu’on fait les bébés ? ») afin de mieux saisirson niveau de compréhension
- Prendre le temps de réfléchir si vous n’êtes pas certain de la réponse
- Lui rappeler qu’il peut toujours revenir vous voir s’il a d’autres questions
De cette manière, l’enfant apprend qu’il peut parler librement, même de sujets délicats. Cela contribue déjà grandement à la prévention des violences sexuelles.
L’éducation : un levier essentiel de prévention
L’éducation à la sexualité ne sert pas uniquement à prévenir les agressions sexuelles. Elle favorise également un développement psychosexuel sain.
Une éducation adaptée à l’âge contribue à :
- Une image corporelle positive
- Un lien d’attachement sécurisant
- Le développement de l’identité
- Une bonne estime de soi
Un enfant informé, écouté et respecté sera davantage en mesure d’identifier une situation inconfortable et d’en parler à un adulte de confiance.
Le bon secret et le mauvais secret
Dès le jeune âge, il est important d’expliquer à l’enfant la différence entre un bon et un mauvais secret.
L’objectif est de l’encourager à parler à un adulte de confiance (parent, grand-parent, enseignant, éducateur) s’il ne se sent pas bien face à une situation, même si on lui a demandé de garder le secret.
Il arrive que l’auteur de gestes de violence sexuelle demande à l’enfant de ne rien dire afin d’éviter les conséquences. C’est pourquoi cette distinction est essentielle.
Le bon secret
- Il cache une surprise
- Il apporte de la joie
- Il te fait plaisir
- Quand tu y penses, tu te sens bien
Le mauvais secret
- Il cache quelque chose d’interdit ou de dangereux
- Il te fait sentir mal, inquiet ou confus
- Quand tu y penses, tu ne te sens pas bien
Ce type de secret ne doit jamais être gardé : il faut en parler à un adulte de confiance !
Conclusion
Parler de sexualité avec les enfants ne signifie pas leur en dire trop, trop tôt. Cela signifie leur offrir des réponses adaptées à leur âge, dans un climat de respect, d’ouverture et de sécurité.
Chaque question posée est une occasion de renforcer le lien de confiance. Chaque discussion est une opportunité de prévention.
L’éducation psychosexuelle ne retire rien à l’innocence de l’enfant ; au contraire, elle la protège. En osant aborder ces sujets avec bienveillance, nous contribuons à former des enfants informés, confiants et capables de reconnaître leurs limites. Parler de sexualité, c’est avant tout parler de respect, de consentement et de sécurité. Et c’est déjà un pas essentiel vers la prévention des violences sexuelles.
En cas de doute, communiquez avec une intervenante à Cible Famille Brandon.
« Brandon, une communauté engagée dans le développement et la sécurité des enfants » Comité Défi Enfant
Vous pouvez aussi consulter les ressources suivantes :
Par Justine Brisebois, bachelière en sexologie, membre de Cible Famille Brandon et maman
À lire aussi :
- Introduction à la notion de consentement avec les enfants : article à lire sur le blogue
- Des livres pour parler de sexualité avec ses enfants à emprunter à la bibliothèque de Cible Famille Brandon
Références
Marie-Vincent. (2024). Parle-moi plus, Marvin : parler de sexualité avec les enfants pour mieux les protéger – Cahier parent-enfant (Version web v7) [PDF]. https://marie-vincent.org/wp-content/uploads/2025/03/Cahier-parent-enfant-web-v7.pdf
Centre canadien de protection de l’enfance. (s. d.). Les bons et les mauvais secrets de Tatie la tortue [Livre vidéo]. Protegeonsnosenfants.ca. https://protectchildren.ca/fr/livres-video/tatie-la-tortue/