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La culpabilité parentale : entre l’amour et le doute

Par Alexandre Brault

Devenir parent a été la plus grande aventure de ma vie. Et en même temps, l’une des plus déstabilisantes. Je ne m’attendais pas à ce mélange de bonheur infini et de peur constante. Dès les premières minutes où j’ai tenu ma fille dans mes bras, j’ai ressenti cette responsabilité écrasante et douce à la fois. Ce petit être, si fragile et parfait, dépendait entièrement de ma femme et de moi, et j’avais peur de ne pas être à la hauteur.

Les premières semaines ont été un tourbillon. Les nuits blanches, les réveils toutes les deux heures, les pleurs que je ne comprenais pas… tout semblait me dépasser. Je me levais encore et encore, à moitié endormi, pour la bercer, la nourrir, vérifier qu’elle respirait bien. Et chaque matin, je me sentais coupable : coupable d’être fatigué, coupable de ne pas avoir anticipé chaque détail, coupable d’avoir perdu patience. Pourtant, malgré la fatigue et les doutes, il y avait ses yeux, ses petits sourires, et un sentiment d’amour immense qui me traversait à chaque contact.

Puis sont venus les premiers vrais sourires, les premiers rires qui éclatent sans prévenir. Ces moments sont devenus mes respirations, mes preuves silencieuses que j’étais capable d’être présent, que mes efforts avaient un sens. Et pourtant, la culpabilité restait là, parfois sourde, parfois insistante. Des questions tournaient en boucle dans ma tête : Est-ce que je joue assez avec elle ? Est-ce que je suis assez doux ? Est-ce que je la stimule assez ? Est-ce que je l’ai assez regardée, écoutée et accompagnée ?

Quand elle a commencé à découvrir le monde à quatre pattes, à attraper tout ce qui lui passait sous la main, j’ai découvert une nouvelle crainte. Et si je ne la surveille pas, qu’arrivera-t-il ? Et si j’avais oublié quelque chose ? C’est là que j’ai compris que la culpabilité venait souvent de mon désir de tout contrôler, alors que la vie, l’enfant, et l’amour lui-même échappent souvent à toute maîtrise. La parentalité, c’est accepter d’aimer avec imperfection. Et c’est justement dans ces moments imparfaits que je sentais le lien grandir entre ma fille et moi, tendre et solide à la fois.

Chaque jour, chaque câlin, chaque sourire, chaque petit éclat de rire est devenu mon ancrage. Je me suis surpris à rester de longues minutes simplement à la regarder dormir, à sentir ses mains minuscules autour de mes doigts, à écouter sa respiration régulière, comme si je devais graver chaque instant dans ma mémoire. L’amour est devenu mon guide, ma consolation, mon réconfort. La culpabilité, elle, s’est un peu adoucie. Elle est devenue un rappel doux de ma vigilance et de mon désir profond de bien faire, mais plus un poids sur mes épaules.

Évidemment, je n’étais pas seul dans cette aventure. Ma femme était là à chaque étape, partageant les rires, les pleurs, les nuits blanches et les premières victoires. Ensemble, nous avons appris à former cette équipe fragile et imparfaite qu’est une famille. Nous nous sommes soutenus, nous nous sommes pardonnés, et nous avons célébré chaque petit succès, chaque progrès. Ensemble, nous avons appris à aimer sans condition, à nous émerveiller de tout et à ne pas nous juger pour nos imperfections.

Aujourd’hui, après dix mois, je regarde mon enfant avec un amour qui grandit chaque jour. Je me rappelle que je n’ai pas à tout réussir, que je n’ai pas à tout contrôler. Être parent, c’est apprendre, se tromper, se relever, et aimer sans limite.
La culpabilité est là, parfois, mais elle n’est plus lourde. Elle est douce, elle m’accompagne sans m’écraser. Et surtout, elle n’éclipse jamais l’immense tendresse que je ressens pour ce petit être qui a bouleversé ma vie.

À tous les nouveaux parents : vous n’avez pas à être parfaits. Chaque geste d’amour, chaque sourire partagé, chaque moment où vous êtes simplement là compte plus que vous ne pouvez l’imaginer. Laissez tomber la culpabilité qui vous étouffe. Respirez, aimez, riez, pleurez. Soyez humains. Soyez présents. Et surtout, aimez, encore et encore. Parce que c’est cet amour, pur et infini, qui fait de vous le parent que votre enfant mérite.

Écoutez Éléonore, une pièce écrite et composée par Alexandre Brault sur les doutes entourant sa paternité : https://www.youtube.com/watch?v=NWmkI8j2iBU

Alexandre Brault est auteur, compositeur, interprète. Membre actif de Cible Famille Brandon, il est également intervenant psychosocial auprès d’une clientèle jeunesse et fier papa d’Éléonore.

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