En décembre dernier, lors d’un Brin de jasette, j’ai eu le privilège d’avoir à mes côtés des mères québécoises et des mères migrantes, provenant toutes les trois de pays où le froid n’existe pas. Arrivée il y a plusieurs années ou il y a quelques semaines, chacune a vécu cette expérience de déracinement différemment.
En ce jour de tempête, il me fait plaisir d’écrire cet article de blogue inspiré du généreux partage de leur histoire. Comme elles ne souhaitent pas devenir des vedettes régionales, je nommerai les mères ainsi : Mme Philippines, Mme Haïti et Mme Côte d’Ivoire. Voici un aperçu du parcours de ces femmes inspirantes.
L’amour à distance
Qu’est-ce qui amène les femmes à immigrer au Québec ?
Pour les femmes qui participent à la discussion ce matin-là, la réponse va de soi : leurs époux qui viennent y travailler !
Même si le projet semble stimulant pour une, pour l’autre, ce fut de longues années d’attente pour venir le rejoindre ici.
Patience et courage dans le processus d’immigration
La distance qui sépare ces couples est parfois immense. Le coût et la durée du voyage (jusqu’à 32 heures !) limitent les déplacements. Les économies à faire pour se retrouver peuvent demander plusieurs années, voir jusqu’à 5 ans de vie à distance. Ce fut le cas de Mme Philippines.
Comment font-elles pour garder la famille unie, vous demandez-vous ?
La technologie répond évidemment au besoin de participer virtuellement à l’anniversaire de leurs enfants ou aux repas en famille. Certaines mères ont eu la chance de recevoir la visite de leur mari parce que leur employeur leur avait payé le voyage, dans d’autres cas ce n’est pas possible.
Pour Mme Côte d’Ivoire, l’objectif de son mari de s’installer ici représentait pour elle un projet stimulant, elle avait vraiment hâte de venir le rejoindre. Après deux ans d’attente et un accouchement, seule, dans sa propre maison, elle a reçu la confirmation qu’elle pouvait venir le retrouver avec les enfants. Munis de 2 valises chacun, la maman et ses enfants laissent derrière eux, objets, souvenirs, famille et amis.
Mme Haïti a plus d’un tour dans son sac, parce qu’après s’être bien établie dans son nouveau pays, les membres de la famille qui viennent lui rendre visite peuvent lui apporter certains objets qu’elle avait laissés dans son pays. Vivement dans leur bagage de délicieuses épices que l’on retrouve peu par ici !
Enfin réunis… au Québec
Les défis de la nouvelle culture
Que dire de la cuisine au Québec : faire l’épicerie est aussi un défi d’immigration !
L’épicerie du coin qui offre différents produits que l’on ne connait pas, mais comment les cuisiner ? Comme Mme Côte d’Ivoire le dit: « Ma voisine est bien gentille, mais je ne sais pas quoi faire avec tout le sirop d’érable qu’elle me donne ! Hahaha ! C’est beaucoup trop sucré ! »
L’arrivée dans une nouvelle culture implique d’autres enjeux, outre les épices. En premier lieu, la langue ! Si seulement elle était universelle ! Pour certaines mères, la langue parlée est le français, mais un français propre à leur pays d’origine, ce qui demande tout de même de l’adaptation à notre « manière de langage ». Pour Mme Philippine, l’anglais, qu’elle maitrise bien, facilite son intégration, mais reste un enjeu quand la langue de son milieu d’accueil est le français. La barrière de la langue peut donc devenir un élément d’isolement ou de ralentissement dans le processus d’intégration sur le marché du travail.
D’ailleurs, dans son pays, Mme Philippines, est une femme de carrière, elle est infirmière. Au Québec, on lui reconnait son équivalence comme étant bachelière en soins infirmiers. Malheureusement, elle devra maitriser la langue française avant d’occuper un poste dans le monde de la santé. Mme Haïti, use de son expérience en immigration pour accompagner les nouveaux arrivants et Mme Côte d’Ivoire, partage son talent de tressage de cheveux en guise de revenu supplémentaire.
Les nouveaux liens qui se créent
Il n’est pas surprenant de voir les personnes migrantes se regrouper, afin de briser l’isolement et de retrouver un peu de chaleur dans ce nouveau pays au vent glacial.
Le parcours de ces mères m’a véritablement touchée. Elles font preuve d’une grande résilience, de débrouillardise et d’un amour inconditionnel pour offrir ce qu’il y a de mieux à leur famille.
Leur courage est remarquable et nous donne envie d’ouvrir nos cœurs pour aller davantage à leur rencontre. D’ailleurs cette rencontre-ci, vécue au Brin de jasette, a provoqué chez les mères participantes des désirs de partages de recettes interculturelles ! Il est hors de question de gaspiller tout ce bon sirop d’érable ! Ce sera donc un rendez-vous à ne pas manquer !
Par Nancy Sarrazin, Animatrice-intervenante à Cible Famille Brandon